La mention A0 apparaît sur les DPE à partir du 1er janvier 2027. Elle identifie les logements considérés comme à émissions nulles, et elle obéit à trois conditions qui doivent être réunies ensemble — dont une, la plus restrictive, ne parle pas de consommation mais d’équipements. Beaucoup de logements très performants ne l’obtiendront pas. Voici comment la reconnaître sur le terrain.
D’où elle vient
La mention est créée par l’arrêté du 11 juin 2026, publié au Journal officiel le 13 août 2026, qui modifie l’arrêté du 31 mars 2021 pour l’aligner sur la directive européenne sur la performance énergétique des bâtiments. Elle entre en vigueur avec le reste du texte, au 1er janvier 2027. Le vocabulaire officiel hésite : l’intitulé de la rubrique parle de « classe “A0” », tandis que la phrase opérante précise que « pour les DPE de bâtiment ou de partie de bâtiment considéré comme à émissions nulles, ou “A0”, une mention apparaît sur l’étiquette ». Dans les deux cas, le mécanisme est le même : ce n’est pas une huitième lettre ajoutée en haut de l’échelle, c’est un marquage qui s’ajoute à l’étiquette existante.
Ce point mérite d’être posé d’emblée, parce que c’est la confusion la plus répandue depuis cet été. A0 ne se situe pas « au-dessus de A ». Une étiquette A très économe alimentée au gaz ne l’obtiendra pas, quand une étiquette B chauffée par une pompe à chaleur pourra l’obtenir.
Les trois conditions, en toutes lettres
Pour un logement existant évalué avec la méthode 3CL-DPE 2021, l’annexe 1 pose trois conditions cumulatives :
- « Son étiquette DPE doit être A ou B » ;
- « Les énergies utilisées sont exclusivement des énergies renouvelables sur site ou à proximité, de l’électricité, ou de l’énergie provenant d’un réseau de chaleur ou de froid considéré comme efficace » ;
- « Aucune installation de chauffage ou de production d’ECS n’est susceptible d’utiliser des énergies fossiles sur site ou à proximité ».
Ces conditions sont celles du parc existant. Elles sont rédigées pour les DPE établis selon la méthode 3CL-DPE 2021, c’est-à-dire l’immense majorité de ce que vous rencontrez en vente et en location.
Pourquoi une étiquette B suffit
La première condition surprend souvent : on s’attendrait à une exigence de performance maximale. Elle traduit en réalité une logique différente de celle de l’étiquette. L’étiquette mesure une quantité d’énergie consommée ; la mention A0 qualifie la nature de cette énergie. Un logement peut consommer relativement peu tout en brûlant du gaz, et un autre consommer un peu plus en n’utilisant que de l’électricité et du solaire. C’est le second qui obtient la mention.
Le seuil A ou B sert donc de garde-fou : il empêche qu’un logement énergivore mais entièrement électrique soit décoré d’une mention « zéro émission ». Il ne fait pas de A0 une récompense de performance.
La troisième condition est la plus piégeuse
Relisez-la lentement : « aucune installation … n’est susceptible d’utiliser ». Le texte est rédigé au potentiel. Ce n’est pas l’usage constaté qui compte, ni ce que le propriétaire déclare brûler, c’est la capacité même de l’installation.
Conséquence pratique : une chaudière gaz conservée en appoint, débranchée dans l’esprit du propriétaire mais toujours raccordée, suffit en toute rigueur à écarter la mention. Même chose pour une cuve à fioul vide mais reliée à une chaudière fonctionnelle. Vous allez rencontrer des situations où le client trouvera cela injuste : son installation ne tourne jamais. Le texte ne vous laisse pas de marge, et c’est probablement volontaire — une installation raccordée peut redémarrer, une installation déposée non.
Les cas que vous allez rencontrer
Quelques configurations courantes, pour se faire l’œil.
Pompe à chaleur seule, ECS thermodynamique, étiquette B. Les trois conditions sont réunies : l’énergie est électrique, aucun équipement fossile n’est présent. Mention obtenue.
Tout électrique par convecteurs, étiquette D. L’énergie est admissible, mais l’étiquette bloque. Pas de mention — et c’est là que le passage du facteur de conversion à 1,7 devient intéressant, puisqu’il fait remonter les logements électriques dans l’échelle. Un logement qui était en D peut passer en C, puis, après travaux d’isolation, viser le B qui ouvre la mention.
Photovoltaïque en autoconsommation, chauffage par PAC, étiquette A. Configuration typique du neuf récent ou de la rénovation lourde. Mention obtenue, et c’est précisément le profil que le texte veut distinguer.
Réseau de chaleur. L’énergie est admissible à condition que le réseau soit « considéré comme efficace ». Ne présumez pas : la qualification du réseau est une information à obtenir, pas à déduire de son existence.
Poêle à bois en appoint. Le bois n’est pas une énergie fossile, la troisième condition n’est donc pas déclenchée. Reste à savoir s’il entre dans « énergies renouvelables sur site ou à proximité » au sens de la deuxième condition. Le texte ne le dit pas explicitement et nous préférons le signaler comme un point à trancher plutôt que de vous donner une réponse confortable qui pourrait être fausse. À suivre dans les documents d’application.
A0 et l’étiquette A : deux logiques à ne pas confondre
Le tableau qui suit résume la différence, parce que c’est elle qui va occuper vos conversations client pendant tout 2027.
| Étiquette A | Mention A0 | |
|---|---|---|
| Ce qu’elle mesure | Une quantité d’énergie consommée | La nature de l’énergie utilisée |
| Ce qui la déclenche | Passer sous un seuil de kWhEP/m²/an | Trois conditions cumulatives, dont l’absence de tout équipement fossile |
| Compatible avec le gaz | Oui, si la consommation est faible | Non, en aucun cas |
| Accessible en B | Sans objet | Oui |
Un propriétaire en A chauffé au gaz condensation performant vous demandera pourquoi son voisin en B a la mention et pas lui. La réponse tient en une phrase : la mention ne récompense pas la sobriété, elle constate la décarbonation.
Pourquoi la mention va rester rare dans l’ancien
Il faut s’attendre à en rencontrer peu, au moins les premières années, et la raison n’est pas le seuil A ou B : c’est la troisième condition. Le parc français existant est largement chauffé au gaz, et l’appoint fossile survit souvent à une rénovation — une chaudière conservée « au cas où » après l’installation d’une pompe à chaleur, un raccordement laissé en place lors du passage au réseau de chaleur.
Cela a une conséquence concrète sur votre pratique : ne promettez jamais la mention avant la visite. Un propriétaire qui a investi dans une PAC et du photovoltaïque se croira éligible d’office, et découvrira le contraire à cause de la chaudière du sous-sol. Mieux vaut l’annoncer comme une possibilité à vérifier que comme un acquis à confirmer.
Et dans le neuf ?
Les trois conditions reproduites plus haut sont celles du parc existant évalué avec la méthode 3CL-DPE 2021. La notion de bâtiment à émissions nulles vient de la directive européenne et irrigue aussi la construction neuve, mais les modalités n’y sont pas les mêmes et nous préférons ne pas extrapoler : pour un bien neuf, référez-vous aux dispositions qui lui sont propres plutôt qu’à ce jeu de conditions.
Ce que vous devez relever pour la renseigner
La mention ne se calcule pas, elle se constate. Ce qui suppose un relevé plus attentif qu’aujourd’hui sur trois points.
D’abord, l’inventaire complet des générateurs, appoints compris. Une visite qui note « PAC air/eau » et s’arrête là ne suffit plus : il faut avoir cherché la chaudière au sous-sol et le raccordement gaz dans le placard. Ensuite, l’état du raccordement — présent, condamné, déposé — parce que c’est lui qui décide de la troisième condition. Enfin, pour les réseaux de chaleur, la qualification du réseau, à demander à l’exploitant ou au syndic.
Photographiez. Une mention A0 accordée à tort sur un logement où dormait une chaudière gaz est exactement le genre d’écart qui ressort en contrôle, et votre défense tiendra à ce que vous aurez dans le dossier.
Ce que la mention ne fait pas
Elle ne crée aucune obligation nouvelle pour le propriétaire, ne conditionne aucun dispositif d’aide dans cet arrêté, et ne modifie ni la durée de validité du DPE, ni les seuils des étiquettes. C’est une information supplémentaire portée par le document, destinée à identifier le parc décarboné — utile aux politiques publiques et, à terme, probablement à la valeur du bien, mais dépourvue d’effet juridique propre à ce stade.
Elle ne crée pas davantage d’obligation de formation. L’arrêté du 11 juin 2026 cite les organismes de formation dans son champ « publics concernés », mais aucun de ses six articles ne porte sur la formation : si on vous vend une session « rendue obligatoire » par ce texte, l’argument est faux.
Pour aller plus loin
La mention A0 n’est qu’une des nouveautés du 1er janvier 2027 : voir l’ensemble de ce qui change au 1er janvier 2027, et notamment les six informations supplémentaires à produire. Côté outillage, la mention suppose une version applicative à jour : voir comment préparer votre logiciel et vos relevés.
Ces évolutions relèvent exactement de l’objet de la formation continue, que l’arrêté du 20 juillet 2023 définit comme « un rappel des nouveautés législatives, réglementaires ou normatives ainsi que des évolutions techniques et des bonnes pratiques de la profession ». Nos sessions : formation continue DPE sans mention et avec mention, entièrement en ligne, le texte prévoyant que « les formations continues sont réalisées en présentiel ou à distance ». Nos formations ne sont pas éligibles au CPF, faute d’enregistrement au RNCP.
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